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Cahiers Polymères

Trimestriel de Haute-Résistance du Simorgh du Gard

Cahier Polymère numéro 4 - numéro 5 (numéro double)

Publié le 2 Décembre 2016 par Joseph Kacem

"Les Cahiers Polymères" est une production Simorgh du Gard

Simorgh du Gard - 12 avenue d'Anduze - 30100 Alès (RNA : W301004301 / SIRET : 817 491 525 00017)

.DIRECTEUR DE PUBLICATION DES CAHIERS POLYMERES: Joseph Kacem

REDACTRICE EN CHEF DE CE NUMERO 4-5: valerY meYnadier

Format A5

Dos collé

102 pages

PRIX unitaire (hors frais de port): 14 euros

Sortie de ce numéro : 10 décembre 2016

Trois tirages 60 ex chacun minimum sont prévus (sauf prévente)

 

ACHETER PAR CORRESPONDANCE SUR AMAZON.FR (frais de port et taxes en sus)

 

Thème de de ce numéro double (4 & 5): "NIQUE TA MERE"

Avec des contributions plastiques et graphiques de Salomé, Sylvie Heyvaerts & Marie Lydie

 

Au sommaire...

Fille de l'Est de Michèle Ourmières page 13

Impolir la mère de Joannah Schwab page 17

Chienne de vie de Marie Dominique Godfard page 21

Khokha (la pêche) de 4ailes page 25

Le plein emploi de Joseph Kacem page 27

Maman, je crois que tu sais de Francine Charron page 41

Puma de Nour Khay page 43

Elle de Marthe Ome page 49

Le don dans la lettre de Thérèse Bonnétat page 53

Premier sang de Ella Lou page 57

Colette de Pascale Amara page 61

NTM Fin Oct 16 de Pascal Nyiri-Brévard page 69

Il avait de grands yeux... de Françoise Lafaye page 71

Couper le cordon de sécurité d'Isabelle Simon page 75

Rêves de lait de valérY meYnadier page 81

On m'appelle toutou de Max Loublie page 90

Face A – Face B de Marlène Tissot page 97

 

Edito de valerY meYnadier...

 

Il faut avoir du chaos en soi pour accoucher d'une étoile qui danse

Nietzsche

 

 

Je n’ai jamais voulu d’enfant. Mettre au monde c’est mettre au grand jour sa mémoire. & dans ma mémoire des odeurs vénéneuses. Elles exhalent encore, je les sens. Sur mes os, des fleurs d’oubli poussent mais elles prennent le temps. Une fois la chair percée, l’odeur noire trouvera la lumière qui lui ressemble.

Je ne ressemble pas à ma mémoire mais j’ai toujours eu peur que mon loupiot y ressemble.

& ce n’est pas de la littérature, je vous invite à sentir l’odeur de parricide dans Rêve de lait, (car la mère, parfois il faut la sauver) écrit pour la bonne cause, au sein chaud des Cahiers Polymères qui nous propose un thème od-à-cieux- si je puis me permettre : Nique ta Mère.

Il n’y a que les Cahiers Polymères pour se frotter à pareil thème. Vive exhortation à nous faire rentrer dans l’arbitraire du signe de Ferdinand de Saussure, quand la musique donne le sens au mot*. Au diable dès lors signifiant & signifié, couple conventionnel & despotique. Nous voici au coeur même du signe. Car le signifié Polymère s’y prête à merveille.

Attention la pieuvre-mère, la polymorphique, polyphonique motheure- est à l’oeuvre.

Place à la Youm (argot maghrébin) à l’ama (en hébreu) à la mor ( en danois) ETC -

Tant de mots pour la même chose, n’est-ce-pas ?

 

Déjà, Tous, la réunion de deux moitiés.

XX/ XY. Le miroir en dit long, regardez-vous.

Tous des écartelés !

Le Boeuf Ecorché de Rembrandt ou celui de Chaïm Soutine ou encore Figure with Meat de Francis Bacon, allez voir, ça rafraîchit la mémoire car naître c’est ça.

 

Le plus ouf, on n’a jamais demandé à être là. La folie douce continue, six mois environ à distinguer not’ corps de celui de la mère. Au départ, totale fusion. Six mois pour se rendre compte que le sein de ta rem c’est pas oit… va s’en dire l’angoisse existentielle à la clef… & la daronne, dans ce micmac, hein ? Car la défusion, la géni-trice, elle doit se la bouffer aussi… Place au tiers, plait-il, bienvenu au daron ! Pas simple de retrouver son corps après le squat inquisitorial du chérubin. Le daron y tranche, mais pas au début…

Au début, le petit bout de rem y rampe jusqu’à 9 mois environ, dans un état de dépendance que peu d’animaux endurent. L’araignée tisse sitôt née. Le veau se lève sitôt expulsé. 19 jours seulement au canari pour voler de ses propres ailes… 9 mois pour que le mouflet y se mette à 4 pattes & vas-y j’ te fous les doigts dans la prise & que j’ te bouffe tout & que j’ te gazouille le tohu-bohu dans lequel je me vôtre… Le silence, denrée rare. Surveillance maximale exigée !

& vlà que vers 12 mois, Mister Lardon se met debout & entre 18 & 22 mois, un mot & deux & trois…

Le marmot d’une pote à oim, le premier mot c’est le nom du iench…

Là, clin d’oeil au texte Chienne de vie, de Marie-Dominique Godfard, nouvelle venue dans les CP. Avec brio, elle retrace l’entre-dévoration des trois grâces canines mère/ fille/ grand-mère.

 

Revenons à la Membrane-Reine.

Bah elle répond au merdaillon, matin midi & soir. & quand je dis répondre, c’est jouer à l’écho, être mère c’est être dévorée des yeux, du pif, de la peau par le petit merdeux, la rem est son phare. & si la mère, beinh, elle a pas envie d’être mère mais qu’elle l’est quand même…

Vous avez déjà entendu parler d’hospitalisme ?

Satan Google va vous renseigner.

Si pas de maman, le nouveau né se fait nouveau mort.

& là, la donzelle, ça chauffe pour ses miches, Comment tu t’occupes pas de ton gniard ?!!!

 

Ca tabouise sévère. C’est qu’entre la femme et notre société s’est glissée l’image de la Vierge Marie écrit Françoise Dolto, psychanalyste.

 

Pire tabou que de ne pas vouloir s’occuper de son moujingue, Comment tu veux pas moujinguer ?

Si je me sens moins femme ?

Non. Ni plus ni moins. Je reste fidèle à mon désir & je ne me laisse pas emberlificoter par l’image sociale ou l’amoureux transi qui voudrait m’engrosser.

Savoir ce qu’on veut & s’y tenir, deux conquêtes jamais conquises.

Ce que je veux, c’est écrire envers & contre tous, s’il le faut.

 

Ecrire, j’ai entendu dire, c’est avoir vu quelque chose qu’on n’aurait jamais du voir. & qu’on a tous vu. A savoir, on devient soi seulement en quittant l’autre qu’on croyait soi. On ne s’en souvient pas, heureusement, à devenir brindezingue. Certains, je le crois, n’en ont jamais fini de quitter le corps de leur mère. Aberration. Si dur peut être de ramper jusqu’à la conscience de soi.

& j’ai écrit depuis ma métamorphose (dont je ne me souviens pas & pourtant…) & depuis l’absence de celle qui devenait absente. Ma mère. Jusqu’à sa mort, j’ai déroulé l’écriture.

Au commencement, Bambin n’a que des sensations, puis des images se mettent en place, enfin grandissant, il incarne l’image mentale dans les mots, tout dans les mots… Eh Chenapan sort de tes mots ! Sachant que sa première absence donc sa première image mentale, c’est la mère. La mère qui répond absente. Qui ne répond pas au nom de l’advenir du moujingue. Si elle répond toujours, danger de se croire un jour le Roi du monde & si elle ne répond jamais ou si peu, danger d’inexistence.

Dur dur d’être mère.

D’autant qu’elle, en vrai, elle a été l’autre en pleine conscience pendant neuf mois ou huit mois…

Moi, je me suis retirée du ventre de la mienne à huit mois. Trop lourde à porter la mienne de mère. Trop lourde mémoire mais quelle mie de mère & dieu que nous nous sommes aimées…

Pas haute, un mètre soixante & poids plume. Plume d’ange aujourd’hui. Oui. Oui, toute mère devrait mourir dans les bras d’un de ses enfants. La mort est un clin d’oeil furieux au pardon.

& qui sait si le pardon n’est pas le plus doux des scalpels pour couper le corps-don ?

 

La mère, prête-corps, elle, elle travaille. Travail d’accouchement. Après avoir cassé son oeuf : chute brutale du taux d’hormones & risque de baby blues & multitude de risques.

Ca risque gros une mère.

Devenir mère c’est être prête, au sens shakespearien du terme, The readiness is all, l'essentiel, c'est d'être prêt, dixit Sieur Hamlet.

Devenir mère c’est partir en paix comme les hommes partent en guerre. C’est travailler à la paix en soi, impératif.

On ne nait pas mère, on le devient.

Devenir mère c’est répondre de soi. Répondre à son enfant & de son enfant, cet avorton de Dieu. Rien à voir avec la responsabilité morale.

Devenir mère c’est reporter le monde à plus tard, c’est porter un monde nouveau, pour preuve quand nous naissons, nous sommes le monde entier !

Un monde entier dans un monde pourri, je me dis parfois, en face de mes potesses en cloque…

Si ce n’était qu’une histoire de monde pourri. Des mémoires où il ne fait pas bon naître baignées d’odeurs noires.

(excusez, j’ suis un peu obsédée)

A la rigueur, mettre bas à la préhistoire, la mémoire vierge, pas de généalogie dans le dos, ni grand-mère ni grand-père, & tu déchires l’hyménée du grand H de l’histoire ! Il se peut que Femme de Néandertal, j’eusse céder à la folle évidanse de pondre un morpion.

Mais là aujourd’hui Pffftt naître ne déchire plus rien.

 

Enfin, ça peut être grave casse-gueule, Pour tous les tueurs en série que j’ai examinés, je me suis demandé s’il ne s’agissait pas d’un matricide déplacé. écrit Daniel Zagury** expert-psychiatre, dans son livre : L’énigme des tueurs en série.

C’est dire la place de la mère dans notre corps à Tous !

On n’a jamais fini de régler ses comptes avec Maman, c’est ça ?

 

Sans rire, pisser une côtelette demande un courage acéré. Être mère c’est toujours être l’autre. & même Celles qui pissent le gluau sous X, remarquez la majuscule, elles nous ont bougrement expiré & donné le souffle ! (ce Nous, c’est l’espèce Humaine)

Respect.

& puis elles ne sont pas sans nous inspirées hein; y compris des crimes selon l’analyse Zaguryenne.

 

Pour clôturer cet inclôturable éditorial, j’aimerais dire que les Mutti(en allemand), les Mommy(en anglais), les Anyuka(en hongrois), les Äiti(en finnois), les Mâdar(en iranien)- sont notre première musique à travers la peau tendue comme tambour. Même si papa à côté joue du saxo. Parfois, je crois me souvenir du coeur de la mienne de mère quand dans son ventre… quand j’écris parfois & que je touche à l’indicible… Un boum boum d’avant moi… Quand pas encore de corps comme la musique. Quand ma mère n’était que musique. & moi partition à venir.

Si âpre, si violent d’oublier ce rythme cardiaque, placentaire, 2/4/6/8 ainsi notre corps s’est développé, sous la loi des octaves & naître alors serait comme un oubli de cette musique ?

Plus on recule dans le temps, moins on a de souvenirs. & pour cause, la représentation de soi commence par une erreur. N’est ce pas l’oubli qui nous sauve de la folie de naître, de n’être rien ?

L’oubli, du latin oblītus, dérivé de ob- liveo, au sens de « devenir noir »…

De mon oubli de là-bas, une odeur noire me poursuit…

 

Encore une chose, & là, je remercie Ella Lou, nouvelle Venue dans les CP pour son texte Premier sang- qu’en est-il de l’adolescente qui saigne sans savoir pourquoi ?

Les règles sont un nid de sang pour recevoir le bébé qui ne vient pas & qui s’écoule, chant d’amour pour l’absent.

Chant douloureux parfois. Pas de tout repos les ragnas. Ca nous ragnagnise l’atmosphère. Le corps sait ce qu’il perd chaque mois, croyez-moi; mais sait aussi ce qu’il gagne : sa liberté.

Ainsi, tous les mois de ma vie, je chante avec mon sang. & j’avoue, j’aime trop avoir mes règles pour endurer neuf mois d’aménorrhée. Même si je suis littéralement saignée, vidée, épuisée.

Cependant, c’est là où j’ai compris qu’on n’écrivait pas avec des mots mais avec sa présence saignée à blanc; écrire, ce n’est pas répondre présent à la seule vie, c’est répondre présent aussi à la vivante mort qui pousse en chacun de soi; là est l’écrire.
Ecrire.

Cet édito à l’encre de mon sang.

Pour qu’advienne encore la naissance, ce trou noir où tout s’est joué.

 

La solitude en plus.

 

valérY meYnadier

Novembre 2016

 

nota bene : ultime remarque sur XY, grand inconnu de cet’édito, (sinon comme couteau) dans Le Plein Emploi de Joseph Kacem : « 90 % de mes morues se sont fait plaquer par leurs bonshommes qui leur laissèrent les chiards, les crédits et les huissiers. »

 

 

* « La phrase : non le sens, non le but ni l'orientation, mais la sensibilité de l'errance. La césure, la pause qui ouvre la cadence, la main du batteur levée loin de la caisse claire, l'archet soudain retenu sur la corde, la possibilité de la musique. C'est-à-dire du très peu de présentation qui nous échoit. » Jean-Luc Nancy dans le Libération du 2 février 2007

** « Ils peuvent avoir été l’objet des pires sévices, des pires abus, des pires récusations de toute autonomisation, ce sont d’autres femmes qui paieront pour leur mère. Les meurtres en série ne sont pas la conséquence de la haine consciente de la mère, mais de la haine inconsciente, clivée et agie de l’image maternelle. » Page 69

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